Aux sources d’un vignoble : la genèse de l’appellation Terrasses de Montauban

27/01/2026

L’histoire oubliée d’un vignoble : des Romains à la crise du phylloxéra

Parmi les terroirs confidentiels du Sud-Ouest, les Terrasses de Montauban sont un exemple vibrant de renaissance viticole. Le vin y est présent depuis l’Antiquité, comme l’attestent des vestiges de villae gallo-romaines découvertes sur les hauteurs de la vallée du Tarn (Source : Archives départementales du Tarn-et-Garonne). Dès le Moyen Âge, les vignes entourent villages, bastides et couvents, qui tirent fierté d’un vin clair, souvent réservé aux notables locaux et à la table des évêques.

Toutefois, ce vignoble florissant subit de plein fouet le double fléau du phylloxéra à partir des années 1875 et la crise économique qui s’ensuit. Le Tarn-et-Garonne, qui comptait alors plus de 20 000 hectares de vignes en 1871, n’en présente plus que 3 500 à la veille de la Seconde Guerre mondiale (Source : INAO).

Entre Garonne et Tarn : un vignoble à la croisée des influences

Montauban, chef-lieu du Tarn-et-Garonne, occupe une position charnière entre les flux de la Garonne, les brumes du Tarn et les influences méridionales. C’est sur ces terrasses alluviales et molassiques, nées du retrait ancestral des eaux de la Méditerranée, que s’ancrent les vignes.

  • Des sols hétérogènes : Argilo-calcaires, boulbènes (limons fins), galets roulés du Tarn. Chaque sol imprime sa marque sur des vins souples mais affirmés.
  • Un climat à double visage : La douceur atlantique tempère les étés chauds, tandis que le vent d’Autan assure des maturités optimales.
  • Des cépages de caractère : Autour du Gamay dominant, accompagné du Merlot, de la Syrah, du Cabernet Franc et Sauvignon pour les rouges ; du Sauvignon blanc, du Muscadelle et de l’Ugni blanc pour les blancs.

Ces particularités signent la singularité du vignoble, dont l’histoire s’est écrite à petites foulées, loin des projecteurs portés sur les grandes AOC du Sud-Ouest.

La longue route vers la reconnaissance officielle

Des Vins de Pays à l’ambition d’un territoire

De la fin du XIXe siècle aux années 1980, les vins locaux sont vendus, pour l’essentiel, comme “Vins de Consommation Courante” puis “Vins de Pays du Tarn-et-Garonne”. Dès 1982, quelques vignerons visionnaires œuvrent à la valorisation d’une signature collective. Les premiers cahiers des charges fixent des rendements limités (autour de 65 hl/ha, contre 100 hl/ha pour nombre de Vins de Pays à l’époque), mettent l’accent sur la typicité du Gamay et imposent des critères stricts de traçabilité.

  • En 1982, la mention “Vin de Pays des Côteaux et Terrasses de Montauban” prend forme officiellement dans l’arrêté ministériel.
  • En 2009, la réforme européenne des labels voit la création de l’IGP (Indication Géographique Protégée) Terrasses de Montauban.
  • En 2010, la dénomination “Terrasses de Montauban” s’impose pour l’ensemble des vins répondant au cahier des charges géographique, ampélographique et œnologique précis.

Le poids du collectif : syndicats, vignerons indépendants et coopérative

Au cœur du processus, la Syndicat de Défense des Terrasses de Montauban fédère producteurs privés et coopérateurs. Des réunions régulières définissent le style, le niveau de qualité et la protection contre les fraudes et usurpations d’appellation. En 2022, l’IGP regroupe une trentaine de vignerons indépendants et une coopérative (Cave de Saint-Sardos), représentant environ 600 hectares en production, soit 12 % de la surface viticole totale du Tarn-et-Garonne (Source : Agreste Occitanie).

Un terroir, un style : identité des vins Terrasses de Montauban

Les Terrasses de Montauban défendent une identité vins “plaisir”, gourmands et digestes, mais avec un vrai fond. Quelques chiffres illustrent ces particularités :

  • Rendement moyen : 55 à 65 hl/ha sur Gamay, jamais excessif, promouvant l’expression du fruit.
  • Proportion couleur : Plus de 85 % des volumes vinifiés en rouge ou rosé.
  • Style : Les rouges offrent des notes de fruits frais (cassis, cerise, mûre), une structure souple, parfois une touche poivrée (Syrah), des tanins polis. Les rosés, à base de Gamay, excellent en fraîcheur et se distinguent par leur robe brillante et leur touche florale.
  • Part de l’export : 15 % des volumes, principalement vers les pays du Benelux (Source : Intervins Sud-Ouest).

Les dégustations organisées lors du Salon des Vins de Montauban ou à la Maison du Vin font souvent écho à la facilité d’accord de ces vins avec la cuisine locale : cassoulet, magret, foie gras poêlé, fromages de brebis des Causses.

Les grandes étapes de la reconnaissance officielle

Obtention de l’IGP, définition des aires de production, délimitations parcellaires : la montée en gamme du territoire repose sur plusieurs étapes-clés.

  1. Délimitation précise des terroirs, menée de 2006 à 2008, avec analyses pédologiques et relevés cadastraux pour exclure les zones trop riches ou excentrées : seules 31 communes intègrent aujourd’hui la dénomination.
  2. Signature du cahier des charges IGP : variété des cépages autorisés, rendement maximal, techniques culturales respectueuses de l’environnement (fermage, vendanges mécaniques, limitation des traitements de synthèse).
  3. Premier millésime reconnu IGP : le 2010, avec un peu plus de 25 000 hectolitres commercialisés (Source : INAO).

Enjeux d’avenir pour le vignoble montaubanais

La naissance de l’appellation Terrasses de Montauban s’inscrit dans un mouvement de redécouverte identitaire, à l’heure où le vin français est en quête de nouveaux récits. L’IGP permet à la fois de protéger un patrimoine et d’ouvrir le vignoble à l’innovation : résilience climatique (tests sur cépages résistants, notamment Marselan et Voltis depuis 2021), promotion de l’agroécologie (plus de 30 % des surfaces en conversion bio ou en HVE – Haute Valeur Environnementale), et dynamisation œnotouristique, avec de nouveaux circuits balisés le long des coteaux.

L’appellation Terrasses de Montauban, jeune par son statut mais millénaire par l’ancrage de ses vignes, incarne cette promesse d’un vignoble qui allie mémoires paysannes et audaces nouvelles du Tarn-et-Garonne. Entre les archives des abbayes, les paysages d’ocre et de galets et les verres servis au milieu des marchés de Montauban, elle poursuit discrètement son chemin, fidèle à l’esprit du Sud-Ouest : convivial, rigoureux, ouvert, prêt à surprendre ceux qui prennent le temps de s’arrêter.

Sources principales : INAO, Agreste Occitanie, Intervins Sud-Ouest, Archives départementales 82, Maison du Vin de Montauban, arrêtés ministériels sur les IGP.

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